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L'abeille mellifère (Apis mellifera) est exposée à de nombreux agents pathogènes et prédateurs susceptibles d'affaiblir ou de décimer une colonie. Parasites, bactéries, champignons, virus, insectes prédateurs : les menaces sont multiples et souvent combinées. Identifier rapidement les signes d'une atteinte est la première compétence que doit développer tout apiculteur, débutant ou expérimenté.
Le varroa est aujourd'hui la principale cause de pertes de colonies dans le monde. Cet acarien ectoparasite, dont le nom scientifique est Varroa destructor (et non plus Varroa jacobsoni, depuis la reclassification de 2000), est originaire d'Asie du Sud-Est, où il parasitait originellement l'abeille asiatique Apis cerana sans lui causer de dommages majeurs. Son passage sur Apis mellifera, qui n'a pas co-évolué avec lui, s'est révélé dévastateur.
Contrairement à ce que l'on croyait pendant des décennies, le varroa ne se nourrit pas de l'hémolymphe de l'abeille mais de son corps gras, un organe vital analogue au foie chez les mammifères. Cette découverte, publiée dans le PNAS en 2019 (Ramsey et al.), explique pourquoi l'infestation compromet aussi profondément la capacité des abeilles à se défendre contre les pesticides, à maintenir leur système immunitaire et à stocker des réserves. Sur le couvain, la femelle varroa provoque des malformations (ailes atrophiées, abdomen raccourci) et favorise la transmission de nombreux virus, dont le virus des ailes déformées (DWV).
Les symptômes visibles d'une infestation avancée sont : présence d'abeilles rampantes à l'entrée de la ruche, couvain en mosaïque, larves mortes dans les cellules, et chute de population rapide en fin de saison. La détection précoce par comptage actif (lavage à l'alcool, sucre glace) est indispensable.
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La nosémose est une infection du tube digestif des abeilles adultes causée par des microsporidies parasites. Elle est longtemps restée associée à une seule espèce, Nosema apis. Depuis les années 2000, une seconde espèce, Nosema ceranae, a été identifiée sur Apis mellifera en Europe et s'est révélée bien plus virulente que la première.
Nosema apis est responsable de la dysenterie printanière : les abeilles ne pouvant s'envoler pour déféquer durant l'hivernage, les matières fécales s'accumulent dans la ruche, causant des traces brunes caractéristiques sur les parois et les cadres. Nosema ceranae, en revanche, provoque peu de symptômes visibles mais affaiblit silencieusement la colonie : réduction de la durée de vie des abeilles, diminution de la production, dépopulation progressive. Elle peut sévir toute l'année, y compris en été, ce qui la rend plus difficile à détecter.
Le diagnostic formel nécessite un examen microscopique des abeilles en laboratoire. La prévention repose sur le renouvellement régulier des cires, un hivernage dans des conditions saines, et le maintien de colonies fortes. L'antibiotique fumagilline, longtemps utilisé contre Nosema apis, n'est plus autorisé en Europe.
La loque américaine est la maladie bactérienne du couvain la plus redoutée. Elle est due à Paenibacillus larvae, une bactérie sporulante dont les spores peuvent rester viables dans la cire et le matériel apicole pendant plusieurs dizaines d'années. Elle est à déclaration obligatoire en France.
Les signes caractéristiques sont : opercules affaissés et perforés, larves mortes de couleur brun foncé à odeur putride rappelant la colle, et le test du cure-dent permettant de vérifier le caractère filant de la masse larvaire. Une fois présente dans une ruche, la loque américaine est extrêmement difficile à éradiquer : la destruction des colonies atteintes et du matériel contaminé est souvent la seule issue. Il n'existe pas de traitement médicamenteux autorisé en Europe.
Moins destructrice mais néanmoins préoccupante, la loque européenne est causée par Melissococcus plutonius. Elle s'attaque aux larves jeunes, avant operculation, qui meurent en position avachie dans la cellule. Les larves touchées présentent une couleur jaunâtre à brunâtre et une odeur aigre, moins fétide que la loque américaine. Elle est également à déclaration obligatoire en France.
La loque européenne est souvent associée à des colonies affaiblies ou en période de stress nutritionnel. Le renforcement des colonies, le nourrissement et, dans certains cas, le renouvellement de la reine constituent les premières mesures à prendre. Des antibiotiques à usage vétérinaire peuvent être prescrits par un vétérinaire, mais leur emploi est encadré.
L'aspergillose, causée par des champignons du genre Aspergillus, peut toucher à la fois le couvain (momification des larves en une masse dure et verdâtre) et les abeilles adultes. Elle reste peu fréquente mais peut occasionner des pertes de couvain ponctuelles. Les conditions favorisantes sont l'humidité excessive et les colonies affaiblies.
Le couvain calcifié (ou ascosphérose), causé par le champignon Ascosphaera apis, se reconnaît à des larves momifiées en petits cylindres blanchâtres ou grisâtres, que l'on retrouve parfois à l'entrée de la ruche. Il s'agit d'une maladie bénigne dans la plupart des cas, souvent liée à une humidité excessive dans la ruche ou à une ventilation insuffisante. Une bonne gestion de la ruche (renouvellement des cires, colonies fortes, ventilation) suffit généralement à enrayer l'infection.
De nombreux virus circulent dans les ruches, souvent en lien étroit avec la présence du varroa, qui joue le rôle de vecteur. Le plus connu est le virus des ailes déformées (DWV - Deformed Wing Virus), dont la transmission par le varroa lors de la phase reproductive est aujourd'hui bien documentée. Les abeilles qui en sont victimes naissent avec des ailes recroquevillées et inutilisables, et meurent en quelques jours.
D'autres virus comme le virus de la paralysie aiguë (ABPV), le virus de la paralysie chronique (CBPV - responsable de la « maladie noire ») ou le virus du couvain en sac (Sacbrood) peuvent également affecter les colonies. La maladie noire se manifeste par la présence d'abeilles tremblantes, incapables de voler, et souvent dépourvues de leurs poils, d'où leur aspect luisant et sombre. Ces virus restent difficilement traitables directement ; le contrôle du varroa est la meilleure prévention indirecte.
Introduit accidentellement en France en 2004, le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) est aujourd'hui présent sur la quasi-totalité du territoire métropolitain. C'est le prédateur le plus menaçant pour les ruchers français depuis plusieurs années. Il ne tue pas les abeilles à l'intérieur de la ruche, mais pratique la chasse en vol stationnaire devant l'entrée, capturant les butineuses au retour. Une pression de prédation intense provoque un comportement défensif de la colonie, qui se bloque dans la ruche, cesse de butiner, et dépérit par manque de provisions.
La destruction des nids de frelons asiatiques est fortement recommandée dès leur détection (nids primaires en mars-avril, nids secondaires en hauteur à partir de juillet). Des pièges à l'entrée de la ruche peuvent réduire la pression en période critique (août à novembre). La protection des entrées de ruche est une mesure complémentaire.
Originaire d'Afrique subsaharienne, Aethina tumida (SHB - Small Hive Beetle) est un ravageur particulièrement destructeur. Ses larves dévorent le couvain, le miel et le pain d'abeille, et ses déjections provoquent la fermentation du miel. Une infestation sévère peut conduire à l'abandon de la ruche par les abeilles. L'adulte, de couleur noire, mesure 5 à 7 mm ; la larve, crème et armée d'épines dorsales, mesure environ 1 cm.
Le petit coléoptère est présent en Italie du Sud depuis 2014 et fait l'objet d'une surveillance active en France, où il n'est pas encore établi à ce jour. Sa détection est à déclaration obligatoire auprès des autorités sanitaires. Tout apiculteur importateur de matériel ou d'abeilles en provenance de zones infestées doit exercer une vigilance particulière.
La grande fausse teigne est un lépidoptère dont les larves se nourrissent de la cire et des débris organiques présents dans les rayons. Dans une colonie forte, les abeilles maîtrisent généralement l'infestation. En revanche, dans une ruche affaiblie, dépourvue d'abeilles ou mal entretenue, la fausse teigne peut rapidement coloniser l'ensemble des cadres et les rendre inutilisables. Elle s'attaque également aux stocks de cire conservés à la miellerie. Une bonne hygiène du matériel et le stockage des cires dans des conditions adaptées (froid ou traitement) constituent les meilleures protections.
L'amibiase est causée par Malpighamoeba mellificae, un protozoaire parasite du tube de Malpighi (l'organe excréteur des insectes). Elle provoque des troubles digestifs et une diminution de la durée de vie des abeilles, souvent en association avec la nosémose. Peu diagnostiquée en routine, elle reste difficile à évaluer sans examen microscopique.
Face à la diversité des menaces, la meilleure protection repose sur quelques principes fondamentaux :
La déclaration obligatoire des maladies réglementées (loque américaine, loque européenne, petit coléoptère) auprès du groupement de défense sanitaire apicole (GDSA) de votre département est à la fois une obligation légale et un acte de solidarité envers l'ensemble de la filière apicole.
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