Depuis plusieurs années, la question des pesticides et de leurs effets sur les abeilles occupe une place centrale dans les débats autour de l’agriculture, de la biodiversité et de l’apiculture. Le sujet a beaucoup évolué, à la fois sur le plan scientifique et sur le plan réglementaire. S’il est désormais bien établi que certains produits phytopharmaceutiques peuvent affecter la santé des pollinisateurs1, il est également admis que le phénomène de mortalité et d’affaiblissement des colonies est multifactoriel2. Dans cet article, nous faisons le point sur ce que l’on sait aujourd’hui des conséquences des pesticides sur l’apiculture.
Qu’entend-on par pesticides ?
Avant de nous pencher plus en détail sur les conséquences des pesticides sur l’apiculture, rappelons de quoi il est question. Le terme pesticides regroupe plusieurs familles de substances utilisées pour protéger les cultures :
- Les herbicides : utilisés pour lutter contre les mauvaises herbes.
- Les fongicides : employés contre les champignons et les moisissures.
- Les insecticides : destinés à combattre les insectes ravageurs.
Dans le débat sur les pollinisateurs, ce sont surtout certains insecticides, et en particulier les néonicotinoïdes, qui ont longtemps concentré l’attention. Ces substances agissent sur le système nerveux des insectes et ont fait l’objet de restrictions puis d’interdictions renforcées au niveau européen3.
Les conséquences directes des pesticides sur les abeilles
Certains insecticides ont un mode d’action dit systémique : après application ou traitement de la semence, la substance active peut se retrouver dans différents tissus de la plante. Les abeilles peuvent alors être exposées lors du butinage, notamment par le nectar et le pollen1. C’est l’une des raisons pour lesquelles la question des pesticides est si sensible en apiculture.
Les effets observés ne se limitent pas à une mortalité immédiate. À faibles doses, certains produits peuvent provoquer des effets sublétaux : troubles de l’orientation, diminution des capacités d’apprentissage, perturbation du comportement de butinage, fragilisation générale de l’insecte ou de la colonie14. Cela signifie qu’une abeille peut ne pas mourir sur le coup, mais être moins capable de retrouver la ruche, de collecter efficacement des ressources ou de contribuer normalement au fonctionnement de la colonie.
Ces effets concernent d’ailleurs non seulement l’abeille domestique, mais aussi d’autres pollinisateurs comme les bourdons et les abeilles solitaires, désormais davantage pris en compte dans l’évaluation scientifique des risques4.
Pour mieux comprendre le rôle central des insectes pollinisateurs dans l’environnement et l’agriculture, vous pouvez aussi consulter notre article sur les insectes pollinisateurs, ainsi que notre contenu consacré aux différents types d’abeilles.
Les conséquences indirectes de l’usage des pesticides sur l’apiculture
Les conséquences des pesticides sur l’apiculture ne s’arrêtent pas à l’exposition directe au moment du butinage. Les abeilles peuvent aussi être exposées à des résidus présents dans leur environnement, dans les ressources florales ou dans d’autres compartiments du milieu1. Selon les substances en cause, des contaminations indirectes peuvent toucher les sols, l’eau, les cultures voisines ou encore certains matériaux utilisés au rucher.
Il faut également rappeler que les difficultés rencontrées par les colonies ne s’expliquent pas par un seul facteur. Les travaux récents insistent sur le caractère multifactoriel du phénomène : parasites comme le varroa, agents pathogènes, pression environnementale, disponibilité alimentaire, pratiques agricoles, climat et exposition à différents contaminants peuvent se cumuler et fragiliser les abeilles25.
Autrement dit, les pesticides constituent un facteur de risque majeur, mais ils s’inscrivent dans un ensemble plus large de pressions qui peuvent interagir entre elles. C’est cette accumulation qui rend la prévention et l’analyse des mortalités parfois complexes sur le terrain2.
Une réglementation qui a fortement évolué
La partie réglementaire a beaucoup changé ces dernières années. En 2013, l’Union européenne avait déjà restreint l’usage de plusieurs néonicotinoïdes sur les cultures attractives pour les abeilles. Mais l’évolution la plus importante est intervenue en 2018, lorsque les usages extérieurs de l’imidaclopride, de la clothianidine et du thiaméthoxame ont été interdits dans l’Union européenne, avec maintien possible seulement dans les serres permanentes3. Le thiaclopride, de son côté, n’a pas été renouvelé en 20203.
En France, la protection des pollinisateurs a également été renforcée avec l’arrêté du 20 novembre 2021, qui prévoit une évaluation spécifique des produits phytopharmaceutiques utilisés en période de floraison et encadre les horaires de traitement afin de limiter l’exposition des abeilles et autres insectes pollinisateurs6. Les traitements autorisés dans ce cadre doivent notamment respecter une plage horaire autour du coucher du soleil6.
Ces évolutions montrent que la question n’est plus seulement celle d’un débat entre acteurs, mais bien celle d’un enjeu sanitaire, agricole et environnemental désormais intégré dans l’évaluation réglementaire des produits.
Pourquoi ce sujet reste majeur pour l’apiculture
Pour les apiculteurs, l’enjeu est concret : une colonie fragilisée par des expositions répétées, même à faibles doses, peut devenir plus vulnérable aux maladies, aux parasites et aux déséquilibres nutritionnels2. La santé des abeilles dépend donc à la fois de la qualité de leur environnement, de la diversité des ressources florales disponibles et de la maîtrise des différents facteurs de stress.
Un autre point souvent moins connu concerne la contamination des cires. Des contaminants chimiques peuvent s’y accumuler au fil du temps, notamment dans les cires recyclées, ce qui constitue aussi un sujet important pour la santé des colonies7. Cette question rappelle que la vigilance en apiculture ne se limite pas aux traitements appliqués aux cultures, mais concerne aussi l’ensemble de l’écosystème de la ruche.
Préserver les pollinisateurs implique donc une approche globale, associant évolution des pratiques agricoles, suivi scientifique, cadre réglementaire et bonnes pratiques apicoles. C’est à cette condition qu’il devient possible de mieux protéger les colonies et, plus largement, les services de pollinisation dont dépend une part importante de notre agriculture5.
Sources
1 - https://www.anses.fr/fr/content/les-abeilles-des-pollinisateurs-essentiels-dont-la-sante-est-menacee
2 - https://www.inrae.fr/dossiers/abeilles-au-coeur-transitions
3 - https://food.ec.europa.eu/plants/pesticides/approval-active-substances-safeners-and-synergists/renewal-approval/neonicotinoids_en
4 - https://www.efsa.europa.eu/en/news/bees-and-pesticides-updated-guidance-assessing-risks
5 - https://www.anses.fr/fr/content/les-abeilles-des-pollinisateurs-essentiels-dont-la-sante-est-menacee
6 - https://agriculture.gouv.fr/nouvelles-dispositions-reglementaires-pour-la-protection-des-abeilles-et-des-insectes
7 - https://www.anses.fr/fr/content/reduire-la-contamination-des-cires-utilisees-en-apiculture-pour-ameliorer-la-sante-des
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