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Une abeille issue de la fusion de deux spermatozoïdes

Une abeille issue de la fusion de deux spermatozoïdes

Récemment, en faisant des études sur une colonie d’abeilles jaunes, des chercheurs australiens (Université de Sydney) ont découvert à leur grande surprise l’existence d'une Apis mellifera ligustica femelle issue d’un noyau à deux spermatozoïdes. Une découverte qui a remis en question un savoir qu’on croyait infaillible depuis bien longtemps.

Les haplodiploïdes

Les insectes comme les abeilles, les frelons, les guêpes et les fournis appartiennent à une famille, dite les hyménoptères. A travers les différentes études menées sur ces espèces, on les a toujours identifiés comme étant des haplodiploïdes. Un terme qui désigne les individus parmi lesquels la femelle est générée à partir d’un œuf diploïde, c’est-à-dire fertilisé, contenant 2 jeux de chromosomes ; quant au mâle, il est issu d’un œuf non fécondé, dit haploïde, avec un seul et unique jeu de chromosomes.

Une fécondation polyspermique

Normalement, pour créer une abeille femelle diploïde, le génome maternel est fécondé par un seul spermatozoïde. Les autres (spermatozoïdes) sont rejetés. Or, une étude a montré qu’il existe parmi les abeilles des spécimens mi-mâles mi-femelles, dits gynandromorphes. Ces individus sont le fruit d’une fécondation polyspermique, qui implique la participation dans l’opération de fécondation de plusieurs spermes : un zygote diploïde auquel s’ajoute une portion d’un mâle haploïde surnuméraire qui vient d’un autre spermatozoïde.

Autrement dit, l’abeille gynandromorphe se retrouve avec en moyenne 3 à 4 origines parentales distinctes : une abeille viable qui a 1 maman et 2-3 papas ! Un phénomène qu’on peut observer chez certaines populations d’insectes, mais jamais chez les mammifères.

Une femelle sans origine maternelle

Les abeilles gynandromorphes qui ont fait l’objet d’étude des chercheurs australiens cachaient une autre surprise : une abeille femelle a été créée à partir de 2 spermatozoïdes, sans aucune origine maternelle. Deux noyaux de spermatozoïdes ont fusionné entre eux pour donner une abeille femelle ! Un spécimen portant des organes femelles et qui est issu de deux pères biologiques, sans aucune trace du génome maternel. C’est la découverte qui a secoué les chercheurs australiens.

Une mutation génétique mystérieuse

Comment expliquer ce phénomène : une abeille femelle est créée de la seule fusion de spermatozoïdes ? Une question qui a longtemps intrigué les chercheurs. Pour certains, c’est un phénomène mystérieux et inexplicable. Pour d’autres, comme la scientifique Sarah Aamidor, il s’agit dune mutation génétique encore inconnue de la science, du moins à l’état actuel des choses (voir l'étude publiée dans la revue Biology Letters). Un phénomène sans doute en rapport avec celui du gynandromorphisme, mais de là à lui trouver une explication, c’est une autre affaire.

Néanmoins, Sarah Aamidor propose une hypothèse selon laquelle, il serait fort possible que le génome maternel, qui brille par son absence étrange et mystérieuse, ait été éliminé, alors que celui contenu dans le spermatozoïde surnuméraire ait été préservé. Une hypothèse qui demande réflexion et qui gagnerait peut-être à être creusée. Elle pourrait constituer une piste de recherche qui aiderait à éclaircir cette mystérieuse mutation génétique et qui permettrait de comprendre l’étrangeté de ce spécimen d’abeille femelle sans origine femelle.

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